Régulièrement, une meute de dealers se présente devant le bureau des floors pour prendre leur assignation. Juste à côté, la salle secrète où est conservé tout l’argent.
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Au rayon des doubles boulettes qui fonctionnent bien, le joueur de gauche a sauté sur sa première environ 20 minutes auparavant, et a rebuy dans la foulée. Au HJ, il a relancé pré-flop et le cut-off a payé. A-4-3, deux piques, au flop, relance, payée. 10 de pique au turn. Il part à tapis et pense protéger contre un tirage pique avec As-Q et apprend la mauvaise nouvelle nouvelle quand son adversaire le paye avec un As de coeur et un roi de pique (au cas où). Il y a de quoi fermer les yeux et savourer l’instant.
A la table de Pierre Calamusa, ça se chauffe sec. Relance pré-flop devant lui à 2800 (blindes 700-1400), payée une fois et Pierre envoie 15k de la BB. Payé deux fois, sans doute en raison de sa réputation. Le flop vient 3-9-K avec 2 carreaux, checké trois fois, puis 10 de carreau au turn, que le bouton mise à 15k. Pierre est le seul à payer et l’As de trèfle arrive à la river. Il checke, et le bouton envoie à tapis. Pierre réfléchit, il commence à négocier avec son adversaire pour qu’il lui montre sa main s’il folde – après avoir demandé si un As gagnait et s’être vu répondre « non ». Il jette pour découvrir le Q-J presque max en face, et lève le bras en l’air en signe de victoire. Parfois, perdre, c’est aussi gagner.
Autre table, autre ambiance : sur une action pré-flop réduite au minimum (min-raise payée), le flop tombe Q-J de coeur et 2 de carreau. Nicolas Binquet, premier de parole, check. Son adversaire bet 7000 et Nicolas part à tapis 30k + ! Longue réflexion de son adversaire qui finit par jeter ses cartes en montrant une dame. Nicolas retourne K-9 de coeur, qui lui donnaient toutes les raisons d’être agressif.
Le quatrième Day1 de la finale WiPT vient de débuter il y a deux heures et on compte déjà 134 entrants – surtout de la part de malgreux éliminés du jour précédent… Avant la cohue du 1E 35 en parallèle des 936 joueurs du Day 1C doté d’une bulle à 156 joueurs, une vingtaine de qualifiés devraient se sortir de ce turbo de nuit. Petit tour du field par Jules Pochy.
Alors que les inscriptions au Day 1c touchent à leur fin, à quelques minutes du dinner-break et du Day 1d qui va se jouer en turbo, on croise de plus en plus de têtes connues, affublées du W rouge synonyme d’appartenance au Team W ou quelques WIP, souvent venus plus tôt que leurs aînés en technique GTO. De la sublime, forcément sublime, Erika Moulet (nous ne sommes pas objectifs) aux légendes comme Adrian Mateos, Davidi Kitai et Gus Hansen, notre photographe Jules Pochy a également croisé Kool Shen, Moundir, Julien Sitbon, Alexane Najchaus, Pierre Calamusa, Leo Margets et Romain Lewis.
Comme la salle principale est désormais remplie à ras bord, on est allés voir au rez-de-chaussée s’il y avait de l’action qu’on aurait manquée. Résultat, aux alentours de 16h, il sont une quarantaine réunis autour de 5 tables dans la salle habituellement dévolue au cash-game, et s’adonnent au même défi que leurs voisins du dessus, la cohue en moins. C’est dans cette ambiance bien plus feutrée que l’on tombe sur les derniers de la classe, ou plutôt les derniers entrants.
Les late-regs (ou les reentries) s’invitent ainsi dans cet écrin, et l’on y croise d’ailleurs Bruno Fitoussi pour son premier bullet du Main Event, mais aussi nombre de regs du circuit. Parmi eux, un visage enfoui sous une écharpe fine de couleur rouille, Fausto Munz, qu’on avait plutôt pris l’habitude de croiser un stylo à la main et debout derrière les tables, à faire (avec brio) son métier de couvreur pour, notamment, Winamax et, il y a bien longtemps, Poker52.
La table vient de se monter il y a un demi-tour de table seulement, et on compte déjà un éliminé. On ne connaîtra pas les détails de la confrontations sanglante, mais les masses ont déjà beaucoup bougé autour de la table (reste ici, me souffle un joueur qui a déjà doublé, ça va pas s’arrêter je sens..) et à la sixième main, la moitié du tapis d’un autre joueur y passe (plus de 30 000 jetons), tandis que le coup suivant, Fausto en UTG+2 relance à 2000 sur des blinde 400-800, relancé par la BB à 6000. C’est payé pour Fausto, qui tombe sur un flop drawy, avec 2 trèfles et cartes connectées. Bet de la BB, payé par Fausto, pour une turn qui fait entrer un tirage quinte par les deux bouts. Bet 15 000 de la BB, payé par Fausto. La river amène un nouveau trèfle pour un board qui peut faire peur à tout le monde… Bet de 35 000 de la BB, et Fausto va à tapis pour un peu plus du double. Depuis le début du coup, il cache mal son souffle saccadé, pris dans le feu de l’action : un tell qui peut dire tout, et son contraire (bluff ? main max ?). L’adversaire lâche ses cartes, et Fausto n’est pas busto.