WSOP : leçon de fairplay lors du tournoi Heads-Up avec Davidi Kitai
Le poker, un sport de hustler, truands et autres arnaqueurs ? Pas tant que ça… La preuve avec ce beau geste de Sam Stein lors de son duel en tête-à-tête contre Davidi Kitai pendant le tournoi Heads-Up à 10 000$ des WSOP, l’un des plus beaux de cet été à Las Vegas.
Suite à une erreur du croupier qui a mal placé le bouton de « dealer », Sam Stein reçoit une paire de Rois. Personne ne se rend compte de l’erreur… sauf Stein ! Kitai relance la grosse blinde de Stein, qui découvre paire de Rois et ne trouve rien d’autre à faire que d’annoncer l’erreur de deal ! Il dévoile face-up sa paire de Rois, devant une assistance médusée : il aurait peut-être pu tout prendre au champion belge du Team Winamax…
Un beau geste non récompensé puisque quelques minutes plus tard, le Belge aura raison de son adversaire du jour, pour finir 12ème de ce prestigieux tournoi, pour 26 237$. Parmi les autres stars ITM, on croise Phil Galfond (9eme, pour la même somme), Randy Lew et Phil Hellmuth (6e et 5e pour 54 024$), Ben Sulsky et Justin Bonomo (éliminés en demie finale pour 110 485$). Le vainqueur, le Canadien Mark Radoja, part avec 331 190$, devant son runner-up l’Américain Don Nguyen (rien à voir avec Scotty) qui remporte pour sa part 204 648$ !
4ème bracelet de Mike Matusow : « J’étais le meilleur à ma table »
Mike Matusow était certainement l’un des seuls à croire encore en ses chances ces dernières années. Depuis quelques mois, ce personnage hors-norme refait surface et s’illustre à nouveau dans les plus grandes compétitions internationales. Et alors que le poker s’essouffle et semble être à la recherche de fortes personnalités, son retour en grâce ne peut être que salué.
Après sa victoire lors du NBC National Heads-Up Poker Championship et un gain de 750 000$ en début d’année, « The Mouth » a décroché son 4ème bracelet dans l’Event 13 des WSOP et remporté 266 503 $.
Aux micros de Pokernews, le charismatique Américain est revenu sur cette victoire significative. « Cela représente beaucoup pour moi. Je suis tellement heureux. J’ai eu une super année jusqu’à présent. Je joue à un super niveau. J’ai eu quelques bonnes mains durant la table finale qui m’ont donné confiance. Je pense que j’étais le meilleur joueur à ma table. C’est cool, c’était un bon tournoi. J’ai travaillé dur pour cela. Je le mérite. Je suis sans voix. »
MARDI
Comment éliminer Daniel Negreanu dès la première main de l’Event 19 des WSOP 2013 par Manuel Bevand
Au cours de la première journée de l’Event 19, Manuel Bevand a réussi un superbe coup en éliminant dès la première main la superstar canadienneDaniel Negreanu. Le Français est revenu quelques heures plus tard sur cette main avec une anecdote amusante sur son profil Facebook.
A sa table aux côtés de deux autres joueurs amateurs peu avant le début des hostilités, ManuB a le plaisir de voir arriver à sa table le « Kid Poker », visiblement enclin à partager sa bonne humeur. « Salut les gars ? Comment ca va dans vos vies ? Je suis super content de jouer avec vous ce soir ! Toute la nuit même, pas de problème. »
Du coin de l’oeil, Manu remarque alors que Daniel l’a reconnu. Les deux hommes avaient en effet joué ensemble l’année précédente lors d’un event Hi-lo. Le Team Pro Winamax s’estime alors être « clairement catégorisé comme joueur de hold’em online qui s’essaie aux variantes avec un peu de naïveté. »
Après une séance photo et quelques échanges verbaux avec les deux novices, la première main est distribuée. Chaque joueur dispose de 15k et les blindes sont à 75/150. Une première relance à 150 et Negreanu paye au bouton. 3-bet de la part de Manu avec Q-Q en small blind à 525 et seul Negreanu se lance dans le coup en annonçant : « Ah! Je t’ai bien attrapé. » Le dealer retourne le flop A-Q-J avec deux carreaux tandis que Daniel poursuit son monologue. « Et là vous le voyez jouer online. Il peut rien faire, il ne peut pas miser comme d’habitude car c’est du pot limit, il est complètement perdu et il n’y a aucun moyen qu’il gagne cette main! »
Amusé par cette remarque, Manu rétorque alors sous le regard malicieux de Daniel qu’il peut « quand même essayer de bet pour gagner » et mise 800. « Ah ! Puisque c’est comme ça je te relance. » 2400 de la part de Daniel.
Sans dire un mot de plus, notre compatriote sur-relance à 5200 et après 10 longues secondes, le Team Pro PokerStars annonce all in. Call immédiat de Manu qui ne semble pas tout à fait rassuré. Son adversaire retourne alors 10-8 de carreaux pour un énorme tirage.
Ni la turn ni la rivière ne changent la donne. « Ah, je pensais que tu pouvais avoir un truc comme ça… Bon, au moins ce fut rapide. » Le récent vainqueur du Main Event des WSOP APAC se lève de la table avec le sourire, serre la main de Manu et s’empare de son téléphone pour tweeter sa mésaventure.
MERCREDI
Event #19 $5,000 Pot-Limit Hold’em Day 3 : Davidi Kitai l’a fait; ElkY termine 7ème
Il l’a fait. Davidi Kitai vient de décrocherson deuxième bracelet il y a quelques minutes face à Cary Catz et remporte 224 560 $. La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance. Avec la présence de sérieux clients, Davidi a dû s’employer pour l’emporter.
L’Italien Dario Minieri (8ème) de retour au plus haut niveau avait bien l’intention de ne pas en démordre. Même topo pour ElkY qui avait l’occasion de devenir le premier Français à apporter un bracelet à son pays dans ces WSOP 2013. Il réalise néanmoins un superbe parcours avec une 7ème place et un gain de 34 341 $.
Devant 194 participants, le Team Pro Winamax s’est imposé de la plus belle des manières. Une victoire acquise en heads up après 90 mains disputées.
Sur la dernière, les deux hommes se retrouvent à tapis après échange de relance. Davidi retourne alors tandis que son adversaire montre . Mais les dieux du poker étaient du côté de la Belgique. Le dealer dévoile et offre la victoire à Davidi.
« Merci à tout ceux qui étaient sur place ! Merci le Team Winamax ! Merci mon pap sur place ! Merci les Belges et Français ! », a-t-il déclaré sur Twitter à l’issue de la competition.
En route vers une deuxième Triple Crown…
Résultats de la table finale :
Davidi Kitai 224 560 $
Cary Katz 138 794 $
Vincent Bartello 103 628 $
Dimitar Danchev 77 893 $
Eugene Katchalov 58 912 $
Kristina Holst 44 844 $
ElkY 34 341 $
Dario Minieri 26 468 $
Chris Johnson 20 520 $
Exclu des établissements Harrah, le joueur pro David Diaz est prié de prendre la sortie en plein milieu de l’Event 21
C’est certainement la sanction la plus difficile à avaler pour un joueur de poker. Alors qu’il était en route pour tenter de décrocher son deuxième bracelet dans l’Event 21 des WSOP, David Diaz a été prié de prendre la sortie juste avant le dinner break.
La raison de cette sortie brutale, un carton rouge donné au joueur par la chaîne d’hôtels Harrah. David aurait en effet été banni de tous les établissements en raison de son attitude jugée intolérable au bar d’un des hôtels la veille.
« On dirait bien que j’ai été expulsé de tous les établissements Harrah la nuit dernière juste avant le dinner break alors que j’avais encore 100BB. Pas de Main Event pour moi cette année », a-t-il annoncé sur Twitter avant de poursuivre quelques minutes plus tard. « Il semblerait que j’étais ivre la nuit dernière au Carnaval Court Bar et que j’ai harcelé des gens. Je ne me rappelle de rien. Je ne vais pas mentir, j’ai un peu pleuré lorsque j’ai été exclu et je vais surement continuer cette nuit. »
Pas certain que le remboursement de son buy-in et le soutien de Matthew Waxman suffisent à sécher ses larmes.
« J’espère que David rigole. Banni des établissements Harrah ? Le Rio a besoin de ce gars. »
JEUDI
WSOP 2013 : Il s’inscrit à un tournoi d’Omaha et se retrouve à un tournoi de Stud
L’histoire a de quoi faire sourire. Assis à la table 375 de l’Event 23 $2,500 Seven-Card Stud, Roland Israelashvili joue sa première main du tournoi et la perd. Jusque-là, rien d’étonnant. Mais l’affaire se complique lorsqu’il questionne son adversaire, assis à ses côtés, sur le nombre de jetons reçus initialement par chaque joueur.
Ce dernier lui explique qu’il a débuté avec 7500 jetons, soit trois fois le buy-in, et Roland s’étonne alors d’avoir payé 5000 $ son siège. Après avoir étudié son ticket, les organisateurs réalisent qu’il ne s’est pas enregistré pour un tournoi de Stud mais pour un Event d’Omaha à 5000 $.
Escorté vers la sortie, Roland et ses jetons quittent la table et sa place est à nouveau mise en vente.
Pensant jouer en Omaha, il n’allait certainement pas faire long feu dans un tournoi de Stud.
Daniel Negreanu critique fermement le programme des WSOP : « Bientôt, des gars comme Ivey ne viendront plus »
Hier a débuté l’Event 23, l’unique tournoi de Stud disputé durant ces WSOP 2013. Face à la quasi-absence de cette variante, Daniel Negreanu a tenu à réagir fermement concernant le programme.
« Je suis extrêmement triste de disputer l’unique tournoi de Stud de ces WSOP. Ces tournois ont toujours eu de superbes finales. Les WSOP n’ont jamais été si concentrés sur les chiffres. C’était auparavant un festival avec différentes variantes de poker. La tendance actuelle est décourageante. C’était un lieu où les gens apprenaient de nouveaux jeux de poker mais désormais, ils n’apprennent rien d’autre que le NLHE qui leur est servi chaque jour. Le programme était fantastique quand nous avions 11 Events à 10k dans toutes les variantes. Si ça continue comme ça, vous verrez des gars comme Ivey ne plus jouer les WSOP. Le prestige de la marque s’affaiblit d’année en année. »
Une critique qui n’est pas restée lettre morte. Une autre légende du poker, Phil Ivey, est rapidement venu soutenir son ami canadien. « J’adore les WSOP mais je suis d’accord avec Daniel Negreanu à propos du programme. Nous devons protéger l’histoire des WSOP et proposer un programme équilibré. »
VENDREDI
Une date, une histoire : 1970, la naissance des WSOP
Si les WSOP voient le jour en 1970, il faut remonter quelques années auparavant pour comprendre ses origines. Nous sommes alors en 1949 quand le légendaire Nick “the Greek” Dandalos demande à un jeune patron de casino audacieux, Benny Binion, d’organiser la plus grande partie de poker jamais disputée et de lui trouver un adversaire à la hauteur de sa réputation. Une personne se détache alors clairement du lot. Johnny Moss, considéré comme le meilleur joueur de la planète, est immédiatement désigné comme le candidat idéal.
S’ensuit un interminable marathon qui va s’étendre sur plusieurs mois dans la ville que l’on ne surnomme pas encore Sin City. Les deux hommes vont jouer jour et nuit dans toutes les variantes connues à l’époque et s’échanger des pots de plusieurs dizaines de milliers de dollars. Infatigable, Dandalos profitera même des quelques instants de repos qui leur sont alloués pour se détendre au craps. Petit à petit, Moss va se détacher et prendre l’ascendant sur son adversaire. Plus sérieux, plus technique, moins flambeur, le « Grand Old Man » est, en un mot, un meilleur joueur de poker. Après un nombre incalculable de mains disputées, « the Greek », totalement broke, va mettre un terme à son calvaire avec ces quelques mots : « Mr Moss, je crois que je dois vous laisser partir. »
De cette bataille épique entre ces deux gladiateurs armés de cartes, Benny Binion aura la lumineuse idée en 1970 d’inviter la crème du poker pour ce qui sera les premiers World Series Of Poker. Johnny Moss, Doyle Brunson, Amarillo Slim Preston, Brian “Sailor” Roberts, Puggy Pearson, Crandall Addington et Carl Cannon vont ainsi s’affronter au casino Binion’s Horseshoe lors d’une session de cash game devant des spectateurs médusés par cette attraction. Le vainqueur, élu par ses pairs, sera Johnny Moss, récompensé par une coupe en argent. Quelques années plus tard, le bracelet deviendra la marque de fabrique des WSOP.
Un an plus tard, Johnny Moss l’emporte à nouveau mais cette fois lors d’un « winner take all ». L’histoire est en marche…
A son retour du dinner break, Ben ‘Bttech86′ Tollerene constate qu’il lui manque plus de 16 000 jetons
Ben ‘Bttech86′ Tollerene a vécu une drôle de mésaventure lors de l’Event 22 des WSOP. Au moment de quitter la table lors du dinner break,, le spécialiste des parties high stakes dispose alors de 21 000 jetons. A son retour, l’action a déjà repris et l’Américain a la désagréable surprise de se retrouver avec seulement 4500 jetons.
La sécurité du Rio est rapidement alertée et les caméras sont mises en action. Le scénario est alors rapidement reconstitué et l’on constate que des piles ont été inversées avec celles de Jason Morgan, également présent à la table.
Le prodige internet a immédiatement signalé le vol sur Twitter mais a surpris tout le monde par son sang-froid tout au long de l’affaire. Morgan s’est quant à lui justifié en expliquant qu’avant la pause, il avait perdu un gros coup et qu’il était parti manger sans connaître la taille de son stack.
Ben sera finalement éliminé à la 106ème place pour un gain de 2618 $. Une broutille pour ce joueur habitué à jouer des montants stratosphériques contre Viktor Blom.
C’était prévu, et le début de journée (qui va donc accueillir les deux dernier Day 1 du Main Event de la finale WiPT) du vendredi 4 avril a tenu toutes ses promesses : foule en continu, re-entry intempestifs pour avoir le droit de continuer à rêver de l’épée réservée au vainqueur, qui sera adoubé lundi dans la journée. D’ici là, il faudra manoeuvrer au milieu des cartes comme au milieu des files d’attente de nouveaux entrants. Plus de 1100 inscrits, déjà, pour ce Day 1e, et un petit tour de salle signé Jules Pochy, en quête de visages connus (Almira Skripchenko, en Une) et inconnus.
Les salles ne désemplissent pas, en attendant de pouvoir s’asseoir au Day 1e
La streameuse Lyegaia et son élégance naturelle
Davidi Kitai, incontournable
Rémy Biechel, élu joueur préféré du stand presse des plus de quarante ans
Fred Musa, animateur de Planète Rap et WIP régulier
Slimane Mamèche, et son sourire franc illuminent la table
Petit à petit, le field se rapproche « de l’argent ». Une obsession pour ces milliers de joueuses et joueurs qui se déplacent parfois depuis l’autre bout de la France afin de s’offrir un shot au prizepool juteux proposé par ce tournoi à seulement 500€ ? Pas certain, ou en tout cas, pas obligatoirement pour tout le monde. L’obsessions d’entrer dans l’argent (souvent pour un gain marginal, à moins d’atteindre le Top 20 du tournoi, surtout lorsqu’on a mis plusieurs bullets dans le tournoi, jusqu’à sept pour les plus opiniâtres) relève plus du défi personnel —inscrire sa première ou son énième ligne HendonMob, raconter à ses amis son run avant son badbeat qui met une halte définitive à tout rêve d’argent et de gloire— que d’un plan de carrière. Les pros, on le sait, sont de moins en moins présents dans les fields de poker, ce jeu de hasard et de talent (dans l’ordre inversé) étant devenu pour beaucoup un loisir, une récréation, une parenthèse qu’il faut garder enchantée.
Rien de plus frustrant pour un joueur, en effet, que de ne pouvoir jouer ; au piquet, pour celui qui s’interdit de jeu comme pour celui qui y est tricard du boléro. En montant le long escalator qui amène au premier étage du Pasino Grand d’Aix-en-Provence, on glisse lentement, dans le brouhaha des jetons et des files de joueurs en attente d’un siège, au beau milieu des fanions qui ornent les murs, célébrant vainqueurs et héros du Winamax Poker Tour au fil des années. Parmi les visages en gros plan, cadrés serrés, une seule photo de groupe : celle de la « Team Big Roger », victorieuse en 2013 du seul tournoi par équipe proposé lors de ces festivals. Sur l’affiche, trois visages souriants, ceux de Stéphane Bazin (depuis très rare sur le circuit poker), Antonin Teisseire (omniprésent lors des tournois du sud-est de la France et sur le circuit Partouche) et Roger « Big » Hairabedian. Ce dernier, nous en avons déjà parlé in extenso lors d’une plongée tête la première dans son éternelle télé-(ir)réalité qu’il autoproduit chaque jour ses réseaux sociaux, annonce son éternel come-back. Mais ses courbes émotionnelles, tout aussi ascendantes que descendantes, ont rendu l’opération de plus en plus délicate. Chaque espoir s’ouvre teinté d’une seule crainte pour l’observateur empathique : que rien ne voie le jour, que tout s’effondre avant d’avoir été monté, voire simplement esquissé.
On ne croisera pas Roger Hairabedian à Aix-en-Provence au WiPT 2025. Contempteur du online, ce n’est pas pour cette raison qu’il aura décidé de skip un large field comme il les aime ; il est tout bêtement interdit de tous les casinos Partouche. L’homme a du talent —il en a toujours eu et, peu importe les années qui passent, il sait signer quelques places dans les casinos qui l’accueillent encore, comme le Circus à Paris— mais aussi celui de se mettre à dos la terre entière, avec quelques obsessions à la clé en sus. On ne sait jamais vraiment, dans les nébuleux rebondissements qui peuplent ses dérives intimes, quelles sont les véritables raisons de ces interdictions de casino, fâcheries diverses et vendetta en ligne. Peut-être, finalement, n’est-ce d’ailleurs pas la question principale…
« Les centaines de choses que l’on a faites de travers dans la vie. Pas forcément à dessein : elles ont pu se produire par stupidité, maladresse, inconscience, par mégarde, pure connerie, sans arrière-pensée« , lisait-on justement à quelques minutes du coup d’envoi du Day 1E en incipit d’un roman sublime, Jours blancs (Jeroen Brouwers, 2013), sous le regard étincelant du Big Roger gagnant d’il y a une décennie. Le regard, depuis, s’est fait plus dur —parfois lucide, parfois désespéré, souvent encore joueur. « Il arrive qu’un souvenir insupportable s’en échappe, et pénètre soudain votre cerveau, pareil à un cambrioleur qui vous jette une corde à piano autour du cour, et nous serre la gorge. » Le souvenir de la victoire, de la gloire et de l’argent étrange ainsi au quotidien ceux qui ont connu de telles cimes ; la respiration de ce millier d’anonymes qui se presse sur l’escalator menant à la table de tournoi n »est que régularité et stress positif.
Que faire, lorsqu’on ne peut plus jouer ? Lorsqu’on vit à distance les grands évènements sans, parfois, ne pouvoir y participer ? A l’époque de champions sublimes comme Stu Ungar, c’était la brokitude qui interdisait toute action. Dans sa biographie, écrite par Nolan Dalla (Joueur né, 2008), l’ancien champion du monde tourne en rond, imaginant les caves s’envoyer en l’air pendant que lui rumine dans sa chambre d’hôtel miteuse du Gold Coast, à Las Vegas. En 2025, Roger Hairabedian a inventé d’autres expédients, intronisant à quelques semaines des grandes compétitions de l’année (WiPT, WSOPC, WSOP Vegas) une joueuse inconnue, Céline « Douceur » Beauchamp, 716$ au compteur de sa page HendonMob. Aux antipodes, donc, de Roger Hairabedian, 11ème joueur all time français et ses quelques 5 500 000$ de gain. On imagine, assez simplement, un contral moral de stacking avec celle qu’il estime « prête à faire de grandes choses dans le poker », sans en connaître plus de détails.
A la hargne et la grinta du parrain Hairabedian, succèderait donc la « douceur » de sa néo-protégée, Céline Beauchamp, qui a cette double tâche muette d’adoucir l’image du mentor et d’aller chercher la gagne là où les portes lui sont désormais fermées. Croisée par hasard à table lors du Day 1C de la finale du WiPT, on ne lui aura pas porté chance, puisqu’elle va sauter quelques secondes plus tard du tournoi principal. Si l’argent et la gloire médiatique sont au choix les deux mamelles qui sous-tendent le monde depuis l’époque pas si révolue de Jean Yanne (pour les plus jeunes, réalisateur & acteur anar-libertarien des années soixante), vivre par procuration le jeu, ses frissons et ses enjeux narcissiques, semble relever d’un lent supplice qu’on ne saurait conseiller à ses pires ennemis. Comment continuer à être, lorsqu’on a été ? Parmi la foule qui s’amasse au fur et à mesure que nous écrivons ces lignes, il y a sûrement dans cet horizon de rêves flottants au-dessus de chaque siège bien des nuances de fantasmes : l’action, le fun, la légende, la victoire et même la perte. Rien ne va plus, faites vos jeux.
Alors que les inscriptions au Day 1c touchent à leur fin, à quelques minutes du dinner-break et du Day 1d qui va se jouer en turbo, on croise de plus en plus de têtes connues, affublées du W rouge synonyme d’appartenance au Team W ou quelques WIP, souvent venus plus tôt que leurs aînés en technique GTO. De la sublime, forcément sublime, Erika Moulet (nous ne sommes pas objectifs) aux légendes comme Adrian Mateos, Davidi Kitai et Gus Hansen, notre photographe Jules Pochy a également croisé Kool Shen, Moundir, Julien Sitbon, Alexane Najchaus, Pierre Calamusa, Leo Margets et Romain Lewis.