Historique. Genre, historique. Pour les invétérés de battles linguistiques, le slogan des Rap Contenders ne vous aura pas échappé. Pour les autres, je vous invite à y jeter un œil rapidement (tout particulièrement Wojtek). Toujours est-il que cette édition 2019 du BPT Deauville a marqué l’histoire du festival par son nombre d’inscriptions, chiffré à 822 (dont 222 re-entries). Soit cent de plus que l’an passé. C’est dire le succès de cette étape visiblement sous-estimée par les équipes Barrière.
« On avait prévu cent joueurs de moins », m’a soufflé Stéphane Godet à l’issue du tournoi. Mal leur en a pris : ce sont cent entrées de plus qui ont été recensées en ce week-end de quatre jours. Un week-end plus que prolifique pour un homme répondant au nom d’Hervé Gouzil, vainqueur du Main Event, synonyme d’un gain substantiel de 60 830 euros. Le plus important prix glané par le Bordelais d’origine, by the way.
« C’est la consécration d’un travail »
« Je ne réalise pas, mais ça fait plaisir. Ça fait plaisir parce que je tourne sur le circuit depuis deux ans, je rame, je fais des TF et je me prends des gros bad beat. Comme à Lille, où je me fais craquer les As. Aujourd’hui, la chance était de mon côté », a réagi le nouveau champion, à chaud. Et de poursuivre : « C’est la consécration d’un travail, de la patience. Parfois, lorsqu’on n’y arrive pas, on se met à douter », explique celui qui a récemment pris goût au cash game, dont il vit en partie.
Douter, le presque quinquagénaire n’a plus connu ce sentiment à partir de trois joueurs restants. « Je me suis dit que ça commençait à sentir bon quand j’ai sorti le quatrième. Même avant, ça allait. J’étais toujours dans une zone de confort. Au poker, tant qu’on a les moyens de folder, c’est qu’on est bien. Tant que tu restes dans cette zone de confort où t’as le privilège d’avoir les moyens de folder, normalement c’est ok ».
La tête sur les épaules et les pieds sur Terre, Hervé ne compte spew son plus gros gain en live. « J’ai déjà fait des TF à 12 000 ou 15 000 euros, mais jamais 60 000. Cette somme, je vais la mettre de côté, puis on verra. Peut-être que je la placerais dans l’immobilier ». Et dans le poker aussi, de toute évidence : « Je continuerai à jouer mes petits tournois comme je fais. Puis si je vois que j’enchaîne les résultats, on passera peut-être à des tournois plus chers ».
Toujours plein de lucidité, Gouzil conclut : « Au poker, on ne peut jouer qu’avec l’argent qu’on gagne. L’argent du jeu. On ne peut pas jouer avec l’argent du travail. Ça coûte trop cher ». Une gestion de bankroll sereine et sérieuse, à l’image de son parcours dans ce Main Event.
Et mercé
Bon les khoyas, il est temps de se quitter. Oubliez le résumé de la table finale, parce que bibi était occupé du côté du streaming que je vous invite à revivre sur la page Facebook de Barrière Poker. Du moins pour les plus courageux. Ci-dessous, veuillez retrouvez toutes, mais alors toutes les infos du Main Event : des éliminations notables du Jour 2 aux chiffres de chaque journée introductive en passant par les résultats complets et le Hall of Fame du BPT Deauville.
Sur ce, passez de bonnes fêtes de fin d’année. Car oui, mes petites fesses de Parisien ne devraient pas se retrouver au beau milieu d’un autre tournoi de poker d’ici janvier. Snif l’EPT Prague, mais je souhaite GL à tous les Français qui y participeront. Au plaisir de vous croiser autour d’une table. Peace. Greg H.
Tous les chiffres du Main Event
Chiffres du Jour 1A
Entrées : 208
Survivants : 84 Chipleader : Alexis Renard (532 000)
Tapis moyen : 123 800
Reprise sur le Level 11 / Blindes : 1 000 – 2 000, BB Ante de 2 000
Chiffres du Jour 1B
Entrées : 488
Survivants : 229 Chipleader : Arnaud Schnorfeil (322 000)
Tapis moyen : 106 700
Reprise sur le Level 11 / Blindes : 1 000 – 2 000, BB Ante de 2 000
Chiffres du Jour 1C
Entrées : 126
Survivants : 79 Chipleader : Rayane Bouibed (245 000)
Tapis moyen : 79 000
Reprise sur le Level 11 / Blindes : 1 000 – 2 000, BB Ante de 2 000
Chiffres du Jour 2
Joueurs : 392
Survivants : 74 Chipleader : Parham Ahoor (2 087 000)
Tapis moyen : 555 000
Reprise sur le Level 21 / Blindes : 10 000 – 20 000, BB Ante de 20 000
Eliminations notables du Jour 2 : Alexis Ibarolla, Sacha « PyroSC » Cohen, Florian Guimond, Ugo Faggioli (tenant du titre), Rayane Bouibeb (chipleader du Jour 1C), Karim Alleg, Steve Berdah, Vincent Lahalle, Wellington Guedes, Jean Montury, Jérémy Routier, Gilles Silbernagel, Franck Pace, David Schablé, Mohamed Abdou, Kalidou Sow, Kevin Goillot, Carole Segoura, Pierre Zerbib, Joris Mahé, Florian Bethouart, Abdelhakim Laidouni, Christian Tudor, Pierre Hébert, Pierre-Antoine Quignard, Benjamin Lehrer, Bruno Soutavong, Tal Sardal, Tarek Bouchama, Greg Armand, Marjolaine Loustau, Jean Koja, Marjolaine Loustau, Clemente Carreira, Slimane Mameche, Nicolas Merceron, Yann Jaeck, Franck Kalfon, Jean-Pierre Didier, Nasrodin Pirmamod, Ludovic Sultan, Alain Fleurent, Arnaud Peyroles, Anna Moore.
10e : Parham Ahoor – 6 410 € (photo ci-dessus)
11e : Fred Bois – 5 590 €
12e : Mickael Marchetti – 4 970 €
13e : Antoine Haussetete – 4 970 €
14e : Michel Leibgorin – 4 490 €
15e : Richard Belleton – 4 490 €
Ils remportent 4 090 € 16e : Olivier Armougon
17e : Paul Raccat 18e : Antonio Mendes (photo ci-dessous)
19e : Magali Cordreaux
Ils remportent 3 720 € 20e : Emmanuel Boucris
21e : Raphael Bastos
22e : Laurent Cruchon
23e : Sari Maalouf
Ils remportent 2 020 € 40e : Clément Ferhati
41e : Julien Yomtob
42e : Marc Delimal
43e : Mathieu Arnold 44e : Christophe Malouitre (photo ci-dessous)
45e : Thomas Feret
46e : Thierry Giron
47e : Serge Chechin
Ils remportent 1 750 € 48e : Anthony Monin
49e : Manuel Hervé
50e : Badr Douch
51e : Régis Godou
52e : Eric Fournier
53e : Karim Inahnah
54e : Nizar Anafal
55e : Olivian Balint
Ils remportent 1 560 € 56e : Mohamed Adansar
57e : Michel Guillon
58e : Mikaël Guenni
59e : David Leam
60e : Nadim Hage Ali
61e : Karim A
62e : Raymond Gelebiowski 63e : Sandrine Phan (photo ci-dessous)
64e : Loïc Chabot
65e : Jonathan Abiteboul
66e : Teresio Ciancanelli
67e : Samuel Deumier
68e : Benjamin Thiar
69e : Anthony Couty
70e : Julien Arts
71e : Idir Haiche
Ils remportent 1 270 € 72e : Philippe Dedes
73e : David Descieux
74e : Anthony Kozlowski
75e : Jonathan Hamard
76e : Vincent Delannoy
77e : Gilles Huet 78e : Laurent Polito (photo ci-dessous)
79e : Nicolas Burtin
80e : Evan Raphalen
81e : Pierre Bloy
82e : Jean-Luc Labryga
83e : Erick Marty
84e : Brieuc Hamon
85e : Bernard Seurin
86e : Mathieu Giudici
87e : Richard Pokker
Ils remportent 1 210 € 88e : Greg Ceran Maillard (photo ci-dessous) 89e : Peter Fossey
90e : Reda Benchenna
91e : Abdelkarim Chenoufi
92e : Clément Gabriel
93e : Sylvain Rivière
94e : Daniel Pauly
95e : Yan Pelletier
96e : Jean-Yves Labbé
97e : Eddy Auffret
98e : Nicolas Le Floch
99e : Fabrice Courtais
100e : Halim Guerrout
101e : Xavier Deschamps
102e : Gheorghe Fedorca
103e : David Pecheur Bubble boy : Quoc Phong Tran (à revivre sur ce lien).
C’était prévu, et le début de journée (qui va donc accueillir les deux dernier Day 1 du Main Event de la finale WiPT) du vendredi 4 avril a tenu toutes ses promesses : foule en continu, re-entry intempestifs pour avoir le droit de continuer à rêver de l’épée réservée au vainqueur, qui sera adoubé lundi dans la journée. D’ici là, il faudra manoeuvrer au milieu des cartes comme au milieu des files d’attente de nouveaux entrants. Plus de 1100 inscrits, déjà, pour ce Day 1e, et un petit tour de salle signé Jules Pochy, en quête de visages connus (Almira Skripchenko, en Une) et inconnus.
Les salles ne désemplissent pas, en attendant de pouvoir s’asseoir au Day 1e
La streameuse Lyegaia et son élégance naturelle
Davidi Kitai, incontournable
Rémy Biechel, élu joueur préféré du stand presse des plus de quarante ans
Fred Musa, animateur de Planète Rap et WIP régulier
Slimane Mamèche, et son sourire franc illuminent la table
Petit à petit, le field se rapproche « de l’argent ». Une obsession pour ces milliers de joueuses et joueurs qui se déplacent parfois depuis l’autre bout de la France afin de s’offrir un shot au prizepool juteux proposé par ce tournoi à seulement 500€ ? Pas certain, ou en tout cas, pas obligatoirement pour tout le monde. L’obsessions d’entrer dans l’argent (souvent pour un gain marginal, à moins d’atteindre le Top 20 du tournoi, surtout lorsqu’on a mis plusieurs bullets dans le tournoi, jusqu’à sept pour les plus opiniâtres) relève plus du défi personnel —inscrire sa première ou son énième ligne HendonMob, raconter à ses amis son run avant son badbeat qui met une halte définitive à tout rêve d’argent et de gloire— que d’un plan de carrière. Les pros, on le sait, sont de moins en moins présents dans les fields de poker, ce jeu de hasard et de talent (dans l’ordre inversé) étant devenu pour beaucoup un loisir, une récréation, une parenthèse qu’il faut garder enchantée.
Rien de plus frustrant pour un joueur, en effet, que de ne pouvoir jouer ; au piquet, pour celui qui s’interdit de jeu comme pour celui qui y est tricard du boléro. En montant le long escalator qui amène au premier étage du Pasino Grand d’Aix-en-Provence, on glisse lentement, dans le brouhaha des jetons et des files de joueurs en attente d’un siège, au beau milieu des fanions qui ornent les murs, célébrant vainqueurs et héros du Winamax Poker Tour au fil des années. Parmi les visages en gros plan, cadrés serrés, une seule photo de groupe : celle de la « Team Big Roger », victorieuse en 2013 du seul tournoi par équipe proposé lors de ces festivals. Sur l’affiche, trois visages souriants, ceux de Stéphane Bazin (depuis très rare sur le circuit poker), Antonin Teisseire (omniprésent lors des tournois du sud-est de la France et sur le circuit Partouche) et Roger « Big » Hairabedian. Ce dernier, nous en avons déjà parlé in extenso lors d’une plongée tête la première dans son éternelle télé-(ir)réalité qu’il autoproduit chaque jour ses réseaux sociaux, annonce son éternel come-back. Mais ses courbes émotionnelles, tout aussi ascendantes que descendantes, ont rendu l’opération de plus en plus délicate. Chaque espoir s’ouvre teinté d’une seule crainte pour l’observateur empathique : que rien ne voie le jour, que tout s’effondre avant d’avoir été monté, voire simplement esquissé.
On ne croisera pas Roger Hairabedian à Aix-en-Provence au WiPT 2025. Contempteur du online, ce n’est pas pour cette raison qu’il aura décidé de skip un large field comme il les aime ; il est tout bêtement interdit de tous les casinos Partouche. L’homme a du talent —il en a toujours eu et, peu importe les années qui passent, il sait signer quelques places dans les casinos qui l’accueillent encore, comme le Circus à Paris— mais aussi celui de se mettre à dos la terre entière, avec quelques obsessions à la clé en sus. On ne sait jamais vraiment, dans les nébuleux rebondissements qui peuplent ses dérives intimes, quelles sont les véritables raisons de ces interdictions de casino, fâcheries diverses et vendetta en ligne. Peut-être, finalement, n’est-ce d’ailleurs pas la question principale…
« Les centaines de choses que l’on a faites de travers dans la vie. Pas forcément à dessein : elles ont pu se produire par stupidité, maladresse, inconscience, par mégarde, pure connerie, sans arrière-pensée« , lisait-on justement à quelques minutes du coup d’envoi du Day 1E en incipit d’un roman sublime, Jours blancs (Jeroen Brouwers, 2013), sous le regard étincelant du Big Roger gagnant d’il y a une décennie. Le regard, depuis, s’est fait plus dur —parfois lucide, parfois désespéré, souvent encore joueur. « Il arrive qu’un souvenir insupportable s’en échappe, et pénètre soudain votre cerveau, pareil à un cambrioleur qui vous jette une corde à piano autour du cour, et nous serre la gorge. » Le souvenir de la victoire, de la gloire et de l’argent étrange ainsi au quotidien ceux qui ont connu de telles cimes ; la respiration de ce millier d’anonymes qui se presse sur l’escalator menant à la table de tournoi n »est que régularité et stress positif.
Que faire, lorsqu’on ne peut plus jouer ? Lorsqu’on vit à distance les grands évènements sans, parfois, ne pouvoir y participer ? A l’époque de champions sublimes comme Stu Ungar, c’était la brokitude qui interdisait toute action. Dans sa biographie, écrite par Nolan Dalla (Joueur né, 2008), l’ancien champion du monde tourne en rond, imaginant les caves s’envoyer en l’air pendant que lui rumine dans sa chambre d’hôtel miteuse du Gold Coast, à Las Vegas. En 2025, Roger Hairabedian a inventé d’autres expédients, intronisant à quelques semaines des grandes compétitions de l’année (WiPT, WSOPC, WSOP Vegas) une joueuse inconnue, Céline « Douceur » Beauchamp, 716$ au compteur de sa page HendonMob. Aux antipodes, donc, de Roger Hairabedian, 11ème joueur all time français et ses quelques 5 500 000$ de gain. On imagine, assez simplement, un contral moral de stacking avec celle qu’il estime « prête à faire de grandes choses dans le poker », sans en connaître plus de détails.
A la hargne et la grinta du parrain Hairabedian, succèderait donc la « douceur » de sa néo-protégée, Céline Beauchamp, qui a cette double tâche muette d’adoucir l’image du mentor et d’aller chercher la gagne là où les portes lui sont désormais fermées. Croisée par hasard à table lors du Day 1C de la finale du WiPT, on ne lui aura pas porté chance, puisqu’elle va sauter quelques secondes plus tard du tournoi principal. Si l’argent et la gloire médiatique sont au choix les deux mamelles qui sous-tendent le monde depuis l’époque pas si révolue de Jean Yanne (pour les plus jeunes, réalisateur & acteur anar-libertarien des années soixante), vivre par procuration le jeu, ses frissons et ses enjeux narcissiques, semble relever d’un lent supplice qu’on ne saurait conseiller à ses pires ennemis. Comment continuer à être, lorsqu’on a été ? Parmi la foule qui s’amasse au fur et à mesure que nous écrivons ces lignes, il y a sûrement dans cet horizon de rêves flottants au-dessus de chaque siège bien des nuances de fantasmes : l’action, le fun, la légende, la victoire et même la perte. Rien ne va plus, faites vos jeux.
Avec plus de 1000 entrées cumulées sur les Day 1c et 1D, la montée en puissance de la finale du WiPT n’a pas déçu les observateurs : salle comble, aucune attente, bonne humeur omniprésente – c’est le sans faute absolu aussi bien en local grâce au staff du Pasino Grand que du côté des équipes Texapoker et Winamax. La journée s’est finie tard dans la nuit et on a vu, entre autres, le WIP Moundir passer haut la main la journée, avec un beau tapis. Découvrez le chipcount des joueurs ITM et qualifiés pour le Day 2 ici