A la fin du niveau 5, Youssouph Sylla ouvre un As-Q à 2 BB, défendue par le joueur en BB. le flop vient 6-J-J avec 2 coeurs. Sylla relance, à mi pot, payé, vient le 5 de coeur au turn, qui le dissuade de miser. La river est un 4 de trèfle, checké deux fois, et Youssouph découvre médusé le 7-4 de son adversaire (avec un coeur). Il ne devrait pas éprouver de regret, puisque le 5 du turn ouvrait trop de tirage à son adversaire pour qu’il folde.
Le niveau suivant commence sur les chapeaux de roue, et l’heure qui suit ne fait rien pour démentir l’impression initiale : après 4 heures de jeu, les corps et les esprits fatiguent, les nerfs sont soumis à rude épreuve, et tout le monde se tient prêt à dégainer à la moindre occasion.
A la table de Vittorino Guerreiro, au bouton, les joueurs trompent leur ennui comme ils le peuvent. Le joueur au téléphone relance, celui qui regarde un film sur son ordinateur paye.
Guerreiro paye et va voir un flop. K-Q-7 rainbow. C’est checké deux fois devant lui, Guerreiro relance à mi-pot, Nelson Douard paye – et la croupière lui dit de ranger son téléphone. Hassan Nashar peut continuer de regarder son film tranquille, puisqu’il jette sa main. La turn est un 6 de carreau inconséquent, checké par Douard. Tapis de Guerreiro, payé instantanément par Douard, Q-7 qui font deux paires pour le premier, As-Q qui font seconde paire top kicker pour le second. Le valet à la river ne change rien. Guerreiro double et Douard sortira peu de temps après.
Vittorino reste de marbre
Pas le temps de me retourner qu’il y a déjà un tapis payé à la table de derrière, puis à la table d’à côté. Espérant fuir ce climat de violence, je m’éloigne un peu, mais rien n’y fait : à l’autre bout de la salle, sur un board K de coeur – 2 de pique – J de pique – 5 de coeur – 3 de coeur, Laurent Azoulay au cut-off mise sur Guillaume Rager au bouton, Rager clique back, Azoulay part à tapis, payé instantanément par Rager qui retourne As-4 de coeur, max, pour As-10 de trèfle, pas vraiment max pour Azoulay, qui ne voyait son adversaire sur rien. Rager remercie le ciel ou son adversaire ou les deux pour cette livraison, qui le fait doubler.
Deux tables plus loin, Mohamed El Akkari vient de partir à tapis au bouton contre son adversaire, tout petit tapis (15k) en petite blinde, sur un board Q-K-A-6-J. Celui-ci hésite très longuement, partagé entre le désir de ne pas se faire marcher dessus et celui de continuer sa vie dans le tournoi. Il finit par payer, Mohamed montre 10-8 de pique, et rassure ainsi son adversaire, en route vers la sortie, sur la légitimité de sa main.
Mohamed est intrigué par le process de décision de son adversaire
Ils ne sont plus que 236 joueurs pour 350 entrées à l’approche de la prochaine pause.
Le poker est-il un sport de combat ? Un loisir coûteux ouvert à toutes et tous ? Une course de fond où, comme le veut le dicton, on compte les vainqueurs à la fin du bal ? Lors de ce festival WiPT à Aix-en-Provence, comme dans toutes les grandes compétitions low-stakes ou high-stakes, c’est surtout à tout un chacun de trouver son sommet —et de l’atteindre.
Demandez à un ancien pro du poker hexagonal ce qu’il fait ici, et sa réponse fusera : « se remettre à l’ouvrage ». Après des années à avoir amorti un lourd redressement fiscal, il lui a fallu se remettre au cash-game puis, depuis le début d’année, refourbir ses armes sur le online (« pas up, pas down, c’est déjà pas mal! ») ; retenter un shot dans l’univers du tournoi ; planifier ses WSOP 2025 pour six semaines à grinder (« tranquille, pas d’alcool, un petit mini-golf de temps en temps et des bons repas entre amis ! »). Son sommet ? Revenir, peut-être. En tout cas : vivre à nouveau du poker.
Posez la même question aux jeunes Red Diamond de Winamax, qui sont foule au milieu du field, logos resplendissants sur leurs hoodies : les objectifs sont différents, chercher la gagne, monter une bankroll live, même si tout cela est souvent assez marginal par rapport aux volumes qu’ils assurent sur internet.
Le poker est une escalade sans fin, et parfois tout dérape. Seuls ceux qui ont su diversifier leurs activités autour du jeu ont l’assurance d’une vie à long terme dans le milieu du gambling. Les créateurs des premiers sites online ? Partis, souvent, dans la crypto, les NFT, et autres joyeusetés encore plus virtuelles. D’anciens pros auront suivi la même voie, l’esprit entrepreunarial en moins, et auront vite atteint un plafond de verre qui les force, malheureusement, à se lancer dans des promotions plus ou moins ponzi-esques ; d’autres, comme Almira Skripchenko, grand-maître d’échecs et ancienne membre du Team W, refont parfois leur apparition pour le simple plaisir du jeu, dans les oturnois Winamax, comme ce week-end au Main Event de la finale du WiPT.
Dans les travées du Mixed Games Hold’Em/Omaha d’hier soir, on a même vu l’une des figures les plus sympathiques du poker français, Loïc Sabatte, crêpier depuis neuf générations au marché des Jacobins au Mans, et créateur il y a plusieurs décennies du premier site du poker français, le fameux « Poker.fr ». Une autre époque pour celui qui a été un pionnier du poker associatif et qui s’émerveillait lors du tournoi des évolutions du poker live : « Cela fait cinq ans que je n’ai pas touché de cartes, et là je me rends compte à quel point le poker live a évolué, en bien. Des petits détails qui fluidifient le jeu, simplifient les structures, améliorent l’accueil client. Ce que font Texapoker, Partouche et Winamax ici, c’est formidable… » Son sommet, à lui ? « Revoir les amis, passer un bon moment, et bye bye ».
Les deux premiers Day 1 ont fini tard dans la nuit, mais sans le drama de la bulle : c’est vers 2h du matin que les 85 qualifiés du Day 1A se sont hissés jusqu’au Day 2, tandis que le tout petit Day 1B (6 tables de 9 joueurs seulement) a donné 9 qualifiés de son côté, avec, pour Sonny Franco par exemple, un petit tapis avec lequel batailler samedi prochain…
Découvrez tous les chipcounts de cette petite centaine de survivants, ici ! Rendez-vous jeudi pour la suite des Day 1, qui seront encore plus fréquentés.
Ca s’accélère côté Day 1A au moment de la pause dinner-break de 19h15, commune à tous les tournois en cours (dont le Warm Up, qui ne compte plus que cinq joueurs avant le break), et la fatigue commence à monter chez la moitié du field qui a jusqu’ici survécu à ce 1A à la structure plutôt lente (level de 30 minutes).
Les quelques inscrits au 1B, qui se joue en mode turbo afin de ne pas finir à l’aube, arrivent quant à eux à 20h tout pile, et pour le moment, on évoque quelques dizaines d’inscrits. Mais il y a fort à parier que le field grossisse petit à petit, au fur et à mesure des éliminés du 1A… Pour quelques bullets de plus, quitte à bailler un peu plus fort…