Les championnats du monde à Vegas commencent à se remplir de français mais toujours pas de bracelets au compteur.
Retour sur les tournois du week end :
Event #12: $1,500 No-Limit Hold’em :
Un format assez banal au final avec un beau field de 1739 joueurs ! Au final, c’est David Pham qui remporte 391 960$ et son troisième bracelet WSOP. Il en profite pour tutoyer les 10 000 000 de gains en live … :
1
David Pham
United States
$391,960
2
Jordan Young
United States
$242,160
3
Roman Korenev
Russia
$174,559
4
Melissa Gillett
Australia
$127,180
5
Kevin Trettin
United States
$93,667
6
Nathan Pfluger
United States
$69,741
7
Billy Rodgers
United States
$52,503
8
Huihan Wu
United States
$39,969
9
Aditya Agarwal
India
$30,774
Event #13: $1,500 No-Limit 2-7 Lowball Draw :
266 joueurs se sont affrontés sur cette variante qu’Alexandre Luneau affectionne particulièrement. Cependant pas de drapeau tricolore dans les places payées mais une nouvelle fois un troisième bracelet ! Franck Kassela remporte ce tournoi et la coquette somme de 89 151$ :
Event #14: $1,500 H.O.R.S.E :
On mélange les variantes pour former un seul tournoi. 736 joueurs ont pris part à ce tournoi et toujours aucun français à l’horizon. Le vainqueur David Singer lui remporte son deuxième bracelet en s’imposant sur ce tournoi :
1
David Singer
$203,709
2
Kevin LaMonica
$125,904
3
Andrew Kelsall
$88,221
4
Max Pescatori
$62,733
5
Mike Coombs
$45,281
6
David « Bakes » Baker
$33,184
7
Kyle Loman
$24,696
8
Esther Taylor
$18,669
Event #15: $10,000 Heads Up No-Limit Hold’em Championship :
Très certainement l’une des épreuves reines de ces championnats du monde ! Ce tournoi se jouant seulement en heads up regroupe les meilleurs mondiaux. Pour les amateurs, nous nous rappelons tous de l’écrasante défaite d’Alexandre Luneau en demi finale l’an dernier sur ce tournoi. Son bourreau, John Smith s’était incliné sur le heads up final. Cette année, John Smith a fait parlé de lui et termine une fois de plus runner up ! Le grand gagnant de ce tournoi n’est autre que le génie espagnol Adrian Mateos pour $324,470 :
Event #16: $1,500 No-Limit Hold’em 6-Handed :
Les français sont arrivés sur cette épreuve ! Les réseaux sociaux étaient innondé de tickets marquant ce fameux tournoi joué en 6max. Et sur les 263 joueurs payés, nous retrouvont 10 français dans l’argent avec Louis Linard se classant 43ème marquant ainsi la plus grosse performance tricolore. Anthony Marquez lui s’est débarrassé de 1748 joueurs notamment en gagnant AK contre KK et JJ sortant deux joueurs en table finale. Il repart donc avec le bracelet et un beau chèque de 393 273$ :
Du beau monde sur ce tournoi à 10 000$ où chaque joueur décide de choisir sa variante chacun leurs tour.
A ce petit jeu, c’est John Racener qui s’impose pour 273 962$ et obtient son premier bracelet ! L’homme qui avait terminé runner up du main event en 2010 derrière Jonathan Duhamel se venge 7ans plus tard :
1
John Racener
United States
$273,962
2
Viacheslav Zhukov
Russia
$169,323
3
Chris Klodnicki
United States
$117,786
4
Dennis Eichhorn
United States
$83,263
5
Mike Matusow
United States
$59,827
6
Schuyler Thornton
United States
$43,707
Event #18: $565 Pot-Limit Omaha :
Un petit buy in pour ce tournoi à 4 cartes ! Mais l’affluence fut belle avec 3186 joueurs qui se sont affrontés pendant trois jours !
Tyler Smith l’emporte pour 244 344$ ce qui représente son plus gros gain en tournoi live !
Michel Leigborin, Elie Payan et Fabrice Soulier entrent dans l’argent.
1
Tyler Smith
United States
$244,344
2
Jason Stockfish
United States
$138,655
3
Igor Sharaskin
Russia
$102,045
4
Scott Davies
United States
$75,699
5
Marek Ohnisko
Czech Republic
$56,607
6
Jessie Bryant
United States
$42,673
7
John Dallaire
United States
$32,432
8
Ryan Wince
United States
$24,852
9
Yves Kupfermunz
Belgium
$19,201
Event #21: $1,500 8-Game Mix 6-Handed :
Encore des variantes ! Et encore une table finale pour Fabrice Soulier qui enregistre sa deuxième table finale du séjour. Malheuresement pour lui il vient tout juste de s’incliner en 3ème position de ce tournoi regroupant 8 variantes différentes. A noter également la 9ème place de Alexandre Luneau !
Fabrice Soulier
Ron Ware vient lui de remporter le tournoi en battant 472 joueurs pour la coquette somme de 145,577$.
C’était prévu, et le début de journée (qui va donc accueillir les deux dernier Day 1 du Main Event de la finale WiPT) du vendredi 4 avril a tenu toutes ses promesses : foule en continu, re-entry intempestifs pour avoir le droit de continuer à rêver de l’épée réservée au vainqueur, qui sera adoubé lundi dans la journée. D’ici là, il faudra manoeuvrer au milieu des cartes comme au milieu des files d’attente de nouveaux entrants. Plus de 1100 inscrits, déjà, pour ce Day 1e, et un petit tour de salle signé Jules Pochy, en quête de visages connus (Almira Skripchenko, en Une) et inconnus.
Les salles ne désemplissent pas, en attendant de pouvoir s’asseoir au Day 1e
La streameuse Lyegaia et son élégance naturelle
Davidi Kitai, incontournable
Rémy Biechel, élu joueur préféré du stand presse des plus de quarante ans
Fred Musa, animateur de Planète Rap et WIP régulier
Slimane Mamèche, et son sourire franc illuminent la table
Petit à petit, le field se rapproche « de l’argent ». Une obsession pour ces milliers de joueuses et joueurs qui se déplacent parfois depuis l’autre bout de la France afin de s’offrir un shot au prizepool juteux proposé par ce tournoi à seulement 500€ ? Pas certain, ou en tout cas, pas obligatoirement pour tout le monde. L’obsessions d’entrer dans l’argent (souvent pour un gain marginal, à moins d’atteindre le Top 20 du tournoi, surtout lorsqu’on a mis plusieurs bullets dans le tournoi, jusqu’à sept pour les plus opiniâtres) relève plus du défi personnel —inscrire sa première ou son énième ligne HendonMob, raconter à ses amis son run avant son badbeat qui met une halte définitive à tout rêve d’argent et de gloire— que d’un plan de carrière. Les pros, on le sait, sont de moins en moins présents dans les fields de poker, ce jeu de hasard et de talent (dans l’ordre inversé) étant devenu pour beaucoup un loisir, une récréation, une parenthèse qu’il faut garder enchantée.
Rien de plus frustrant pour un joueur, en effet, que de ne pouvoir jouer ; au piquet, pour celui qui s’interdit de jeu comme pour celui qui y est tricard du boléro. En montant le long escalator qui amène au premier étage du Pasino Grand d’Aix-en-Provence, on glisse lentement, dans le brouhaha des jetons et des files de joueurs en attente d’un siège, au beau milieu des fanions qui ornent les murs, célébrant vainqueurs et héros du Winamax Poker Tour au fil des années. Parmi les visages en gros plan, cadrés serrés, une seule photo de groupe : celle de la « Team Big Roger », victorieuse en 2013 du seul tournoi par équipe proposé lors de ces festivals. Sur l’affiche, trois visages souriants, ceux de Stéphane Bazin (depuis très rare sur le circuit poker), Antonin Teisseire (omniprésent lors des tournois du sud-est de la France et sur le circuit Partouche) et Roger « Big » Hairabedian. Ce dernier, nous en avons déjà parlé in extenso lors d’une plongée tête la première dans son éternelle télé-(ir)réalité qu’il autoproduit chaque jour ses réseaux sociaux, annonce son éternel come-back. Mais ses courbes émotionnelles, tout aussi ascendantes que descendantes, ont rendu l’opération de plus en plus délicate. Chaque espoir s’ouvre teinté d’une seule crainte pour l’observateur empathique : que rien ne voie le jour, que tout s’effondre avant d’avoir été monté, voire simplement esquissé.
On ne croisera pas Roger Hairabedian à Aix-en-Provence au WiPT 2025. Contempteur du online, ce n’est pas pour cette raison qu’il aura décidé de skip un large field comme il les aime ; il est tout bêtement interdit de tous les casinos Partouche. L’homme a du talent —il en a toujours eu et, peu importe les années qui passent, il sait signer quelques places dans les casinos qui l’accueillent encore, comme le Circus à Paris— mais aussi celui de se mettre à dos la terre entière, avec quelques obsessions à la clé en sus. On ne sait jamais vraiment, dans les nébuleux rebondissements qui peuplent ses dérives intimes, quelles sont les véritables raisons de ces interdictions de casino, fâcheries diverses et vendetta en ligne. Peut-être, finalement, n’est-ce d’ailleurs pas la question principale…
« Les centaines de choses que l’on a faites de travers dans la vie. Pas forcément à dessein : elles ont pu se produire par stupidité, maladresse, inconscience, par mégarde, pure connerie, sans arrière-pensée« , lisait-on justement à quelques minutes du coup d’envoi du Day 1E en incipit d’un roman sublime, Jours blancs (Jeroen Brouwers, 2013), sous le regard étincelant du Big Roger gagnant d’il y a une décennie. Le regard, depuis, s’est fait plus dur —parfois lucide, parfois désespéré, souvent encore joueur. « Il arrive qu’un souvenir insupportable s’en échappe, et pénètre soudain votre cerveau, pareil à un cambrioleur qui vous jette une corde à piano autour du cour, et nous serre la gorge. » Le souvenir de la victoire, de la gloire et de l’argent étrange ainsi au quotidien ceux qui ont connu de telles cimes ; la respiration de ce millier d’anonymes qui se presse sur l’escalator menant à la table de tournoi n »est que régularité et stress positif.
Que faire, lorsqu’on ne peut plus jouer ? Lorsqu’on vit à distance les grands évènements sans, parfois, ne pouvoir y participer ? A l’époque de champions sublimes comme Stu Ungar, c’était la brokitude qui interdisait toute action. Dans sa biographie, écrite par Nolan Dalla (Joueur né, 2008), l’ancien champion du monde tourne en rond, imaginant les caves s’envoyer en l’air pendant que lui rumine dans sa chambre d’hôtel miteuse du Gold Coast, à Las Vegas. En 2025, Roger Hairabedian a inventé d’autres expédients, intronisant à quelques semaines des grandes compétitions de l’année (WiPT, WSOPC, WSOP Vegas) une joueuse inconnue, Céline « Douceur » Beauchamp, 716$ au compteur de sa page HendonMob. Aux antipodes, donc, de Roger Hairabedian, 11ème joueur all time français et ses quelques 5 500 000$ de gain. On imagine, assez simplement, un contral moral de stacking avec celle qu’il estime « prête à faire de grandes choses dans le poker », sans en connaître plus de détails.
A la hargne et la grinta du parrain Hairabedian, succèderait donc la « douceur » de sa néo-protégée, Céline Beauchamp, qui a cette double tâche muette d’adoucir l’image du mentor et d’aller chercher la gagne là où les portes lui sont désormais fermées. Croisée par hasard à table lors du Day 1C de la finale du WiPT, on ne lui aura pas porté chance, puisqu’elle va sauter quelques secondes plus tard du tournoi principal. Si l’argent et la gloire médiatique sont au choix les deux mamelles qui sous-tendent le monde depuis l’époque pas si révolue de Jean Yanne (pour les plus jeunes, réalisateur & acteur anar-libertarien des années soixante), vivre par procuration le jeu, ses frissons et ses enjeux narcissiques, semble relever d’un lent supplice qu’on ne saurait conseiller à ses pires ennemis. Comment continuer à être, lorsqu’on a été ? Parmi la foule qui s’amasse au fur et à mesure que nous écrivons ces lignes, il y a sûrement dans cet horizon de rêves flottants au-dessus de chaque siège bien des nuances de fantasmes : l’action, le fun, la légende, la victoire et même la perte. Rien ne va plus, faites vos jeux.
Alors que les inscriptions au Day 1c touchent à leur fin, à quelques minutes du dinner-break et du Day 1d qui va se jouer en turbo, on croise de plus en plus de têtes connues, affublées du W rouge synonyme d’appartenance au Team W ou quelques WIP, souvent venus plus tôt que leurs aînés en technique GTO. De la sublime, forcément sublime, Erika Moulet (nous ne sommes pas objectifs) aux légendes comme Adrian Mateos, Davidi Kitai et Gus Hansen, notre photographe Jules Pochy a également croisé Kool Shen, Moundir, Julien Sitbon, Alexane Najchaus, Pierre Calamusa, Leo Margets et Romain Lewis.